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Publié par Cire Cassiar

Dormir, l’esprit tranquille, en sachant que les forces de sécurité veillent sur vous, c’est bougrement rassurant.

Tout le monde ne peut pas en dire autant, ceux dont le pays est en guerre, sous la férule d’un dictateur ou dans des contrées sauvages où la loi du plus fort qui règne a coup de kalachnikov ou de machette.

Dans nos démocraties, nous ne connaissons pas notre bonheur, nous dormons sur nos deux oreilles et ne craignons pas de sortir le matin de notre maison, nous ne craignons pas de voir notre famille harcelée, notre habitat vandalisé ou saccagé.

On n’imagine même pas que cela pourrait arriver chez nous, on a oublié… pour nous c’est de l’histoire ancienne, ce sont des histoires de grands-pères… et pourtant…

Alors, lorsqu’on voyage dans des pays où la loi et l’ordre ne sont pas appliqués de façon uniforme, il peut arriver que l’on se retrouve en présence de situations inconfortables.

On devient impuissant, parce qu’on n’est pas préparé, néanmoins, malgré tout ce qu’on a pu nous dire, cela reste du domaine de l’abstrait tant qu’on ne l’a pas vécu.

Je dois dire que la Turquie des années soixante-dix/quatre-vingt était un pays où nous devions rester sur ses gardes avec des secteurs ou il fallait faire attention où nous mettions les pieds.

On devait rouler de jour, camper dans des lieux fréquentés par les routards et les routiers internationaux et rester sur les routes empruntées par ces mêmes routiers.

Au matin, après avoir chaudement remercié nos hôtes, nous avons repris la route E80 en direction du poste frontière de Gürbulak.

Lors de notre passage à Istanbul nous avions eu l’occasion d’échanger avec un couple qui revenait de Kathmandu, fort gentiment, devant un café, ils nous ont expliqué, avec notre carte, le meilleur trajet en rapport aux conditions de route et fréquentation.

Contrairement à ce nous pensions, la E80 n’était pas la meilleure, il semblait que de prendre la E691 puis de bifurquer en direction de Igdir était bien mieux, en effet c’était celle que tout un chacun empruntait pour rejoindre l’Iran.

La route étant en meilleur état elle était par le fait même plus fréquentée par les routiers internationaux, donc plus sûre.

Ce qui entraînait un détour de plusieurs dizaines de kilomètres, la route longe la rivière Araxe, frontière naturelle entre l’Arménie et la Turquie, puis à Igdir on prend la direction de Dogubayazit ou l’on passe un col à a plus ou moins mille sept cents mètres d’altitude.

Nous avions la conviction que s’il arrivait quoi que ce soit, il y aurait suffisamment de voyageurs pour nous venir en aide.

Mont Ararat, Noé, arche
Mont Ararat

Par contre nous sommes passés, sans le savoir, juste à côté d’un lieu mythique qu’est le mont Ararat.

Un ancien volcan qui culmine a plus de cinq mille mètres, recouvert de neiges éternelles.

Il faut dire que le paysage autour de nous était recouvert de neige, il est donc passé inaperçu à nos yeux.

De plus nous ne connaissions pas la légende qui veut que Noé ait échoué son arche au pied de cette montagne, avec le recul, je regrette de ne pas m’y être attardé.

C’était une piste carrossable ou, les camions, lourdement chargés et bien moins puissant que ceux de maintenant, roulaient à petite vitesse en file indienne sur des kilomètres.

La montée fut longue et tortueuse, il n’était pas facile de doubler les camions en montée à cause du manque de visibilité, il nous fallait slalomer entre ceux qui montaient péniblement et ceux qui descendaient.

Nous avons dû nous arrêter plusieurs fois, certains avaient dû stopper capot ouvert, les moteurs étaient mis à rude épreuve et devaient certainement surchauffer.

C’était un paysage de montagne, herbe rase et sèche avec quelques rares arbres, nous avons certainement vu le mont Ararat, pour nous c’était une montagne comme les autres et nous n’avions qu’un but, traverser le col le plus vite possible et passer la frontière avant la nuit.

Si en montée, il fait chaud dans une 2 CV, en descente il en est autrement, fin octobre à plus de mille mètres d’altitude l’air y est plutôt frais durant une longue descente avec un chauffage quasi inexistant.

Dogubayazit, virage à gauche, direction l’Iran, 35 km.

visa turquie iran
visa de sortie turc a Gurbulak

Sortir de la Turquie à Gurbulak était une affaire de rien, entrer en Iran à Bazargan était une autre paire de manches.

Arrivé côté Iranien, nous devions stationner la voiture à un endroit précis sous la supervision directe d’un douanier peu souriant, comme la plupart des douaniers des pays du monde entier.

Comment se fait-il que, quel que soit le pays, le douanier ou la douanière ne sourient jamais, il fait partie des premières personnes que l’on voit en arrivant, il ou elle représente l’accueil du pays et ils ou elles ont toujours le regard soupçonneux, comme si tous les touristes étaient des trafiquants, des voleurs ou des malfrats.

Il faut admettre que passer la frontière d’un pays est souvent une épreuve, c’est un peu comme quand on passe un contrôle routier, au moment où arrive le ou la policier (e) on a l’impression que l’on a quelque chose à se reprocher, même si tout est en ordre et que vous avez tous vos papiers, vous vous demandez « est-ce qu’il va trouver de quoi ? »

C’est curieux ce sentiment de culpabilité que provoque l’uniforme lors d’un contrôle de routine.

Quoi qu’il en soit, après avoir stationné la voiture, nous devions suivre un tracé qui nous amenait à traverser un hall avec des vitrines bien éclairées de chaque côté.

Et qu’est-ce qu’il y avait dans ces vitrines ? et bien des photos, des objets, des illustrations nous démontrant que si nous avions caché de la drogue, ils la trouveront.

Rappelez-vous « Midnight express »

On y voyez un pneu découpé avec des sacs de haschisch à l’intérieur, un réservoir de carburant ouvert avec des sachets de cocaïne, un matelas éventré, un thermos ou un bidon d’essence coupé en deux, des photos de dessous de voiture avec toutes les caches possibles, bref autant vous dire que si vous aviez de la drogue, vous deviez commencer à trembler avant même de parler à un douanier.

À cette époque, la police Iranienne n’était pas tendre avec les ressortissants étrangers pris en flagrant délit de transport de drogue.

Nous savions que pendant que nous étions à l’intérieur, plusieurs inspecteurs fouillaient consciencieusement notre véhicule de fond en comble.

Cette mise en scène était assez impressionnante et prenez plusieurs heures, car nous devions attendre notre tour dans le hall, avant d’être confronté à un douanier tout aussi souriant que le précédant.

Petits conciliabules avec les inspecteurs, tous les documents personnels étant passés en revue systématiquement, enfin le douanier compare la photo avec notre portrait, et là, on se sent tout petit, nous n’avions qu’une hâte, c’était qu’il prenne ce maudit tampon et qu’il le colle sur le visa.

Combien de fois on le voit hésiter au-dessus du passeport, comme s’il avait un doute, comme s’il n’était pas sûr de lui, il tournait les pages, revenait en arrière, en fait ce que l’on ne soupçonnait pas, c’est qu’il cherchait tout simplement une place pour le mettre et « clac » fit le tampon sur notre visa.

Soulagement, il nous rendit tous nos papiers, puis nous oublia et passa à une autre personne.

C’était fini, on n’existait plus pour lui, on pouvait partir et comme nous faisions mine d’hésiter, il nous fit signe avec la main de dégager le passage.

Ce soir-là, nous avons dormi sur un stationnement avec d’autres routards comme nous, nous étions tous épuisés, par la route, l’attente et le passage à la frontière.

Cinq heures pour faire trois kilomètres, c’est long… Mais ce ne sera pas le plus long passage…

 

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