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Publié par Cire Cassiar

 Dans les années 70, Téhéran était en pleine expansion, le Shah Reza Pahlavi avait des projets grandioses pour sa ville, il voulait en faire un pôle d’attraction sur le modèle de Los Angeles, un plan d’urbanisme avait été élaboré dès 1969 pour réorganiser le centre et la banlieue.

Le boom pétrolier de 1974 attirait de plus en plus de monde vers la capitale, les populations s’entassaient en périphérie ou c’était l’urbanisme sauvage qui régnait en maître avec des constructions toutes aussi pauvres les unes que les autres.

C’était une ville très compacte, étouffante pour des Européens, nous n’y sommes restés qu’une seule journée, mais nous ne pouvions passer à côté du palais de Golestan, chef-d’œuvre d’architecture perse, c’est aussi un des plus anciens bâtiments de la ville qui est fort bien conservé.

Il est aussi connu sous le nom de « Palais des fleurs » c’est un plaisir pour les yeux, très colorés, chaque centimètre carré est décoré.

À l’intérieur on y trouve le Takht-e Marmar, un trône de marbre particulièrement spectaculaire. C’est le second empereur de la dynastie Qadjar « Chah Fath Ali », qui en fit la commande, il y a plus de deux cents ans. Les sculpteurs travaillèrent durant plus de quatre années sur ce monument, il est constitué de soixante-cinq blocs de marbre. Le trône repose sur un socle soutenu par des silhouettes humaines et des piliers ornés de sculptures délicates qui n’ont rien perdu de leur magnificence.

Mais la densité de la population, la densité de la circulation et la densité des constructions urbaines nous faisaient oublier que nous étions au milieu d’un paysage montagneux et aux portes du désert de Kavir, lorsque nous avons repris la route le contraste nous a rapidement sauté au visage.

En moins de cent kilomètres nous étions en plein désert, la route longeait un pipeline qui partait de la région de Rasht, sur le bord de la mer Caspienne à plus de deux cents kilomètres au nord ouest de Téhéran et il allait jusqu’à Mashhad qui se trouve à cent kilomètres du Turkménistan.

Sur notre gauche, la haute chaîne de l’Elbourz et sur notre droite l’immense désert de Kavir.

désert de kavir - Iran
Région désertique de Kavir

Si faire le plein de carburant paraissait simple à Téhéran, il n’en était pas de même ailleurs.

Dans la région entre Sharud et Sabzevar, vers la mi parcours en direction de Mashhad nous trouvons enfin une petite station essence, le pompiste, souriant entrepris de faire le plein de notre 2 CV avec une pompe manuelle.

L'électricité n'était peut-être pas encore arrivée dans ce coin de pays.

Nous n’avions qu’un réservoir de trente-cinq litres, donc je me disais que ce ne serait pas long, il se mit donc à pomper calmement, chose curieuse il s’arrêtait souvent, comme pour reprendre son souffle.

Je présumais que la pompe devait être dure à manier et qu’il fallait faire beaucoup d’effort pour sortir quelques litres

Ce petit manège dura un bon moment à tel point que je commençais à me poser des questions sur son intégrité.

J'allais jeter un œil au compteur pour vérifier ou il en était rendu et quelle ne fut pas ma surprise en voyant le chiffre de « cinquante litres », c’est là que je compris pourquoi il s’arrêtait si souvent, il devait certainement attendre que la pompe se désamorce un peu et à chaque fois qu’il reprenait, cela n’empêchait pas le compteur de tourner, même si rien ne coulait dans le réservoir.

Je décidais de le laisser aller jusqu’au bout et en profitais pour consulter le manuel de la voiture, fouillant dans les pages à la recherche du paragraphe qui indiquait la contenance du réservoir.

Lorsque celui-ci me présenta le montant de cinquante-huit litres, je lui signifiais, avec beaucoup d'aplomb, qu'il était impossible d'en mettre autant en lui montrant le manuel comme preuve.

Cette fois il ne souriait plus, il devenait même un tantinet agressif, il réclamait son du... que faire au milieu de nulle part, quand vous vous retrouvez dans cette situation ? Difficile de savoir s'il va appeler des renforts ou s'il va en venir aux mains.

Ayant été confronté à la police de Téhéran quelques jours plus tôt, celle-ci n’étant pas plus tendre avec les gens du pays, j’eus l’idée de prononcer haut et fort le mot « Police », cela eut un effet immédiant sur mon adversaire, celui-ci devint plus calme voir même inquiet, il en vint à me demander gentiment le prix pour trente-cinq litres de carburant, tel qu’indiqué sur mon manuel.

Devant son changement d’attitude, je ne négociais même pas et payais les trente-cinq litres demandés, même si j’étais convaincu que nous n’avions pas vidé le réservoir.

Heureux et satisfait, malgré tout, d’avoir réglé ce petit incident en pensant qu’il devait être difficile pour lui de gagner sa vie dans cette région aussi isolée et que d’avoir payé pour quelques litres de plus n’était pas grand chose pour nous.

Ce soir nous dormirons à Sabzevar à quatre cents kilomètres de la frontière Afghane.

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