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Epistolier - Résumés de livres - Nouvelles

Nous voulions voir le toit du monde - Yougoslavie - Grece - Turquie

25 Février 2018, 17:42pm

Publié par Cire Cassiar

Yougoslavie
20 Dinars - Yougoslave

Ouverture des rideaux, petit-déjeuner rapide dans les maïs, check-list matinale, ciel dégagé, brise légère, cap sur la Grèce.

Nous reprenons la route, le long de la vallée du Vardar, ce fleuve de trois cent quatre-vingt-huit kilomètres (388) de long, qui prend sa source à Vroutok, petit village dans les montagnes Macédoniennes à l’est du Mont Korab (2 764 m) en Albanie. Il traverse les villes de Skopje et Vélès puis franchi la frontière grecque après Bogoroditsa.

Il continue son chemin vers le golfe de Thessalonique au bord de la mer Égée, à vingt kilomètres à l’ouest de ville.  Le Vardar sépare physiquement en deux la Macédoine et sa vallée est le principal vecteur de communication du pays.

Encore quelques dizaines de kilomètres et ce sera la frontière, nous quittions sans regret ces paysages montagneux et agricoles, aux villes et villages austères.

La Macédoine et le Kosovo n’étaient pas, à proprement parler, des lieux hautement touristiques, la pauvreté était présente et les inégalités sociales flagrantes, surtout par rapport aux régions côtières et touristiques du Monténégro, de la Croatie et la Bosnie ; Il est vraisemblable que tout cela ait joué un rôle dans le déchirement qu’a connu la Yougoslavie dans les années qui suivirent.

Mais à cette époque la désinvolture de la jeunesse et la méconnaissance de la politique mondiale, faisaient en sorte que nous traversions l’espace et le temps sans préoccupation d’aucune sorte.

Le pied à fond sur l’accélérateur, nous avalions les kilomètres en direction de Bogoroditsa, ce petit village frontalier avec la Grèce. Le passage fut comme une lettre à poste, quoique depuis quelques années la poste ait perdu de son efficacité légendaire.

Et nous voilà en territoire hellénique, notre première halte fut pour y savourer les Souvlakis, vous savez ces fameuses brochettes arrosées de jus de citron, d’huile d’olive et aromatisé de thym et d’origan.

Rien que d’y penser je salive, c’est curieux comme l’on se souvient de ce genre de détail, même après tant d’années, je ne saurais dire le lieu mais par contre je me souviens très nettement que c’était un petit camion en bord de route et nous les avions avalés goulûment, par la suite nous n’avions qu’une hâte, c’était de retrouver ce genre de camion sur notre chemin avant de quitter la Grèce.

Thessalonique, ville portuaire de belle importance, connue comme étant la capitale de la culture Grecque. Elle donna naissance à Ataturk, appelé aussi Mustafa Kemal, pour les connaisseurs c’est le fondateur de la république turque. Il faut dire que cette région fut pendant très longtemps sous domination ottomane.

Grèce antique
50 Drachmes - Grec

Cette ville multiethnique ayant subi beaucoup d’influences au cours des siècles, nous laisse de beaux monuments tel que la Tour blanche datant du règne de Soliman le Magnifique, l’arc de Galère datant de trois cents ans après J.C, vestige d’un ensemble de monuments dont la Rotonde ou temple de Zeus.

Depuis, tout cela a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Plus proche de nous, le front de mer ou Boulevard de la Victoire et sans oublier la très agréable place Aristote avec vue sur mer.

Tout comme la région de Kotor, dans le Monténégro (ex Yougoslavie) la Grèce nous fit promettre de revenir lors d’un prochain périple, ce que nous ferons sans hésiter l’année suivante et jusqu’en Crête.

Le lendemain matin nous avions décidé de goûter au petit-déjeuner Grec, pour cela nous nous sommes arrêtés dans un relais routier, quoi de plus authentique pour des routards ?

Olives noires, tomate fraîche, fromage féta, pain pita le tout arrosé d’huile d’olive, du thé et on termine avec une grosse figue fraîche, ça commence bien une journée…

Direction Alexandroupolis en passant par le magnifique bord de mer de Stavros, Kavala et Xanthi, une des villes les plus pittoresques à visiter absolument.

La vieille ville fut construite à flanc de montagne comme un amphithéâtre, avec de ravissantes rues pavées et des maisons très colorées d’une architecture très typique.

Et si vous aimez la nature, les beaux paysages, les ballades, prenez alors les petites routes sinueuses de l’arrière-pays qui mènent à plusieurs monastères, à des cascades et des panoramas à couper le souffle.

Il nous fallait quitter Xanthi pour Alexandroupolis dernière grande ville avant la Turquie.

Mis à part son phare et ses plages de sable fin, la ville ne nous a pas impressionnés.

Le passage de la Grèce vers la Turquie se fit à Ipsala, comme le passage en douane nous a pris quelques heures, la nuit tombante, nous décidions de dormir sur le stationnement d’une station-service bien éclairée.

Pourquoi cette précision ? C’était un conseil que nous avions lu dans le guide du routard, il semblait que la présence d’étranger en Turquie attirait les convoitises.

Sage précaution en effet, nous avions demandé à l’employer ou nous pourrions stationner pour la nuit et il nous guida vers un coin tranquille puis nous fit manœuvrer de curieuse façon.

Turquie
Turkish Lira

La soirée se passa sans encombre et comme prévu nous avons mis la banquette sur le capot moteur, verrouillé tous les coffres, installé le lit et tiré les rideaux pour la nuit.

Malgré tout cela, inconsciemment je gardais mon esprit en alerte, je ne sais pas pourquoi mais j’avais un indéfinissable pressentiment.

En pleine nuit, toutes les lumières s’éteignirent, instantanément je fus réveillé, j’écartais les rideaux pour voir ce qu’il se passait, normalement la station aurait dû rester allumée toute la nuit et je remarquais des allées et venues du côté du bâtiment.

Je restais aux aguets et réveillais ma compagne pour l’informer du fait, c’est alors que je vis deux ombres s’approcher, tourner autour de la voiture et repartir vers le bâtiment.

Mon sang ne fit qu’un tour, notre position devenant très inconfortable, devant l’urgence de la situation, sans lumière et sans bruit nous avons rentré la banquette sommairement, placé le matelas pour pouvoir conduire le véhicule, poussé la voiture de quelques mètres pour pouvoir repartir puis j’ai mis le moteur en route et nous avons filé sans regarder en arrière.

Nous avons roulé pendant plus d’une heure, assis sur le matelas, sans dossier, pas facile de conduire dans cette position, mais nous étions soulagés d’avoir quitté cet endroit louche et malsain, pour enfin nous arrêter sous un lampadaire dans le stationnement du port de Tekirdag pour y terminer la nuit.

Le sommeil fut difficile à trouver tellement nous avions les sens en effervescence. L’adrénaline je suppose…

Je ne sais pas ce qui se serait passé ce soir-là si nous étions restés et je ne veux même pas le savoir…

Au Matin, nous reprenions la route en direction d’Istanbul et rejoignons la route E80, axe très fréquenté, qui traverse toute la Turquie par le nord du pays pour rejoindre l’Iran.

Ce jour-là il y avait un fort vent de face, nous avions peine à avancer, le compteur de vitesse culminait allègrement à 75 km/h et je revois encore dans le rétroviseur cet énorme camion Turc, avec toutes ses décorations autour du pare-brise, il nous rattrapait peu à peu, je ne pouvais enfoncer plus l’accélérateur, j’étais déjà au plancher, donc au maximum des possibilités de notre vaillante deudeuche.

Je le voyais grossir, au bout d’un moment, je ne voyais plus que la calandre et c’est alors qu’un klaxon rugissant se fit entendre, il n’y avait que deux voies et la circulation était tellement dense, qu’il lui était impossible de nous doubler et je ne voyais pas comment je pouvais faire pour le laisser passer sinon que de rouler sur le bas-côté.

Espérant qu’il comprendrait mon inconfort et mon incapacité à aller plus vite, je ne bronchais pas et je gardais stoïquement le cap et la pédale enfoncée, lui, il continuait à klaxonner rageusement par intermittence ; À nouveau je vis grossir son pare-chocs et s’approcher si dangereusement que je n’eus qu’un réflexe, foncer vers le bas-côté en espérant qu’il ne soit pas trop cahoteux.

La deudeuche étant fort heureusement dotée de suspension extraordinaire, fut capable d’absorber les inégalités du terrain et nous le vîmes passer en trombe, klaxon hurlant sans interruption.

J’avoue qu’après coup nous nous sommes demandé ce qu’il aurait fait si je n’avais pas pris cette initiative.

Décidément, la réputation de l’accueil Turc les précède, elle n’avait vraiment rien à voir avec les autres pays déjà traversés.

Un peu plus tard dans la même journée, nous nous sommes retrouvés immobilisés, sur une route à trois voies, dans un immense bouchon pendant plus de deux heures. Lorsque la circulation fut rétablie nous avons compris ce qu’il s’était passé.

Durant l’attente, des petits marchands à la sauvette, vendaient toutes sortes de choses y compris de la nourriture.

Il y en avait un qui portait un gros panier avec de gros fruits, nous n’étions pas vraiment sur de la sorte de fruit, il nous semblait que c’était des poires, nous l’avons fait venir et nous lui en avons acheté plusieurs, heureux d’avoir participé à l’économie locale.

Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que c’était des coings, fruit immangeable quand il n’est pas cuit. En effet quand on a jamais acheté de coings on peut facilement se méprendre.

Malgré tout, nous avons tenté l’expérience de les goûter cru, en se disant que s’il en vendait, peut-être étaient-ils différents de ceux que nous avions en France.

Force était de constater qu’ils étaient durs comme du bois et d’un goût âpre, pas de doute, il fallait bien les faire cuire.

Quand nous avons pu avancer, arrivé sur les lieux de l’accident, parce que c’était bel et bien un accident qui avait causé tout ce patacaisse, il y avait deux camions, carbonisés, qui visiblement s’étaient percutés de face, aucun des deux n’a voulu lâcher le morceau en doublant sur la route à trois voies, voilà pourquoi, en France, elles avaient été supprimées ou aménagées pour éviter ce genre de face-à-face.

On m’avait prévenu que les Turcs étaient du genre rudes, fonceurs, sans peur et sans pitié et bien j’ai également compris pourquoi on employait l’expression « tête de turc ».

Il est vrai que les différents manuels du voyageur, le guide du routard, pour ne nommer que lui, essayaient d’informer le globe-trotteur que la Turquie n’était pas un pays facile.

Par exemple, ils n’hésitaient pas à dire qu’il fallait absolument éviter de camper n’importe où, mal pris, il était préférable de choisir le stationnement d’une gendarmerie et en général ils étaient assez compréhensifs.

C’est un conseil que nous aurons l’occasion d’appliquer, un peu plus tard, dans le centre de la Turquie.

Autre conseil, dans les grandes villes, il valait mieux aller à l’hôtel et laisser sa voiture au stationnement dudit hôtel, qui est normalement surveillé.

Istanbul était une ville tellement immense, grouillante, que nous n’avions guère le choix et toujours sur les conseils avisés du guide du routard nous avons pris pension aux alentours de la majestueuse Mosquée Bleue avec ses six minarets.

à  suivre…

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Nous voulions voir le toit du monde - Le grand départ

19 Février 2018, 18:42pm

Publié par Cire Cassiar

Le Grand départ

Fin septembre, enfin nous étions prêts, du moins nous le pensions.

Je n’ai que de vagues souvenirs, sans grand intérêt, de la traversée de la France, pourtant, Rouen est bien loin de Menton, mille deux cents kilomètres, surtout avec une 2CV chargée à bloc, du matériel sur le toit qui ne permet pas de dépasser les 85 km/h comme vitesse de pointe, sans vent…

Nous n’avions qu’une hâte, traverser la frontière ; Et oui ! À cette époque il y avait encore des frontières autour de la France, Menton d’une seule traite, nous voulions dormir en Italie.

Donc pas question de s’arrêter bien longtemps, quoique avec un réservoir de 25 litres cela ne laissât qu’une autonomie max de 350 km…

La première nuit fut dans les environs de San Remo, ce fut l’occasion de tester le confort intérieur qui nécessita quelques ajustements.

L’Italie du Nord fut traversée en passant par Venise, on nous avait prévenus sur l’honnêteté légendaire des commerçants italiens envers les voyageurs étrangers, ce qui ne nous a pas empêchés de nous faire arnaquer gentiment et avec le sourire en prime au premier plein d’essence. Il est vrai qu’à l’époque la Lire italienne ne valait pas grand-chose, les chiffres étaient astronomiques pour une bouchée de pain.

Dix mille lires pour quelques litres d’essence, comment ne pas s’y perdre.

Je me souviens très bien du pompiste qui, avec de grands gestes, tentait de nous expliquer qu’il fallait absolument visiter la « Piazza San Marco » tel un illusionniste, il détournait mon attention pendant qu’il me rendait la monnaie, du moins c’est ce que je pensais.

Évidemment nous ne pouvions passer à côté sans la visiter, il faut admettre que Venise reste et restera une escale touristique hors du temps ; La Basilique, le Palais des Doges, la tour de l’Horloge, la Piazzeta et ses colonnes, bref, un passé chargé d’histoire, rien qu’aller boire un cappuccino au café Florian dans ses salons du XVIII est un moment de grâce.

Malgré tout, le premier vrai dépaysement fut la Yougoslavie, autant l’italien est relativement proche du français, à bien des égards, mais là rien que la langue nous était totalement étrangère. Faire les courses à l’épicerie de Kozina, décrypter les noms des produits, rendre la monnaie fut notre première épreuve en tant que voyageur novice.

Visa de Kozina après l'italie et visa Grec a Evzonoi

L’accueil, les paysages, la nourriture, la température, les diversités culturelles, tout cela nous laissera des souvenirs encore inoubliables à ce jour et on a même du mal à s’imaginer que ces peuples se soient entre-déchirés.

Il est vrai que la Yougoslavie tenait sous la férule de Tito jusqu’à sa mort et que la côte Adriatique était le lieu de vacance et de villégiature pour de nombreux Européens, principalement les Allemands.

Je présume que les pouvoirs locaux faisaient en sorte que cela ne paraisse pas afin d’attirer le touriste.

Quoi qu’il en soit, Zadar, Split, Dubrovnik furent des escales forts agréables.

Je me souviens des fortifications de Dubrovnik, des remparts en pierre du XVIe siècle, de la ville aux rues pavées, particulièrement Stradun, ou on y trouve de nombreux restaurants et boutiques, des dépôts de boulets en pierre, parfaitement rond, vestiges d’un autre temps, et je pensais à ceux qui avaient dû les tailler de la sorte, bien qu’a cette époque les envahisseurs potentiels progressaient à pied ou en bateaux à voile, le temps n’avait pas la même valeur.

Et tous ses monuments dont l’église baroque Saint-Blaise, le palais Sponza, de style Renaissance ou encore le Palais du Recteur, de style gothique, sans oublier ses environs avec de petites criques ou l’eau de couleur émeraude est limpide comme dans un aquarium.

Cette ville côtière fut autrefois la capitale d’une république maritime connue sous le nom de République de Raguse. Ses habitants s’appellent des : ragusains, curieux n’est-ce pas ? Bien que je n’aie rien à dire à ce sujet, moi qui suis originaire de Béziers, on appelle ses habitants des : Biterrois, ce qui est tout aussi original.

Nous aurions bien voulu y séjourner plus longtemps mais nous nous sommes promis d’y revenir l’année suivante.

La baie de Kotor, impressionnante de beauté avec ses montagnes sauvages, escarpées qui dévalent abruptement dans la mer, la route à flanc de montagne qui en fait le tour et ce petit village pittoresque, l’île Saint Georges et Notre dame du Récif, sacré idée que d’aller construire un monastère sur un petit bout de cailloux au milieu de l’eau. Il y avait tellement à visiter… Nous n’avions que cinq mois et notre but était encore loin.

Descendre jusqu’en Grèce en suivant la côte Adriatique aurait été vraiment chouette mais l’Albanie nous refusait le passage et nous fûmes contraints d’en faire le tour.

Les routes de montagne du Monténégro furent le premier test pour notre vaillante 2CV, sinueuses, escarpées, abruptes et parfois étroites, mais tellement belles, notre monture s’en tira à merveille.

Dans toutes les villes et villages que nous avions traversés et cela quelle que soit leur importance, dès la tombée de la nuit les rues principales ou les places étaient bondées de jeunes, qui semblaient aller et venir sans but, l’ambiance était conviviale, animée, était-ce les prémices d’une révolution future ? Qui sait !.

À Budva, dernier arrêt au bord de la mer, il nous fallait, a regret, quitter l’Adriatique et traverser les reliefs en direction de la ville de Podgorica, nichée dans une petite plaine débouchant sur un lac, enclavée au milieu des montagnes ensuite direction Mitrovica.

Comprenant que la route serait difficile, nous avions décidé de nous avancer sur le trajet, hésitant sur la route à suivre, alors que la nuit venait de tomber, nous demandâmes notre chemin à la première personne que nous vîmes, celui-ci fort aimablement et avec de grands gestes, toujours le même mot « sneh ! » nous fit comprendre que la route que nous envisagions de prendre était sous la neige, il nous indiqua sur la carte la meilleure route pour aller à Mitrovica.

Après plusieurs dizaines de kilomètres, voyant les méandres de la route, la pente qui s’accentuait, le peu de circulation, nous décidions de faire halte dans un petit village pour y passer la nuit.

Au matin, réveillé par le cri d’un rapace, on écarte les rideaux, le spectacle était magnifique au milieu des montagnes, le temps était doux en ce début d’automne. Prendre son petit-déjeuner dans un aussi beau décor, sans s’occuper de l’heure, sans penser au lendemain, que demander de mieux.

Replier le matelas, remettre la banquette en place, faire un brin de toilette, ranger le matériel dans le coffre, vérifier le niveau d’huile, sortir les cartes et jeter un œil au trajet sera notre routine durant cinq mois au travers de contrées aussi diverses que variées.

Moteur ! Et nous voilà parti pour de nouvelles aventures, la route est sinueuse, ardue, la deudeuche semblait très à l’aise, elle grimpait sans broncher, enchaînant virage après virage, puis ce fut la descente sur la vallée de Mitrovica.

Si les massifs montagneux après Kotor valaient vraiment le détour, en revanche les villes de Mitrovica et Pristina nous parurent plutôt maussades. Ambiance médiévale, agricole et pauvre, on ressentait nettement la différence de niveau de vie entre les régions. De plus le temps gris ne nous incitait pas à la visite.

Nous regrettions vraiment la côte Adriatique, nous n’avions qu’une envie, traverser au plus vite cette région, passer par Skopje et rejoindre la Grèce, le soleil et la Méditerranée.

Sur la route nationale entre Pristina et Skopje, nous fûmes arrêtés par un policier pour excès de vitesse, vous imaginez ? Il prétendait nous avoir vus passer à plus de 100 km/h, j’eus beau essayer de le convaincre que c’était matériellement impossible, je lui sortais le manuel de la voiture mais il ne voulait rien entendre, il voulait surtout qu’on lui paye sur place le procès-verbal rédigé dans une langue que nous étions bien en peine de déchiffrer, sauf le chiffre de 100 km/h et le montant du PV en monnaie locale.

Devant son insistance et les menaces de bloquer la voiture, contraint et forcé, je lui réglais le montant inscrit et il nous laissa continuer notre chemin en empochant l’argent dont je suppose que personne d’autre n’en aura vu la couleur.

Skopje, une ville qui ne laisse pas indifférent avec son vieux pont de pierre, en arc, de l’empereur Dusan, construit au XVième siecle, sa forteresse byzantine qui domine la vieille ville et son vieux bazar. Il y a bien sur les traces de Mère Teresa, née en ces lieux en 1910, devenu une figure nationale avec son prix Nobel de la paix.

Ce soir-là nous avons dormi dans un champ de maïs à la sortie de Skopje, réveillé au matin par le bruit des tracteurs, nous avons repris la route pour Thessalonique.

Deux cents kilomètres et une frontière à traverser avant de revoir la mer.

 

à suivre...

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Nous voulions voir le toit du monde - Les préparatifs

12 Février 2018, 19:36pm

Publié par Cire Cassiar

Les préparatifs
 
Rouen - Paris, tout un voyage en 4L Renault pour des provinciaux, la circulation, les bouchons, les difficultés de stationnement, les taxis, les piétons et la faune locale furent pour nous une première petite épreuve mais notre motivation était telle que rien n’aurait pu nous arrêter.
L’Astrolabe, était situé au 46, rue de Provence à Paris, elle ne pouvait pas être mieux placée pour un provincial originaire du sud de la France, il y avait là tout ce dont pouvait rêver un jeune en mal d’espace qui souhaitait parcourir le monde, ce fut pour nous la caverne d’Ali baba.
Je n’ai qu’un vague souvenir des lieux, je me rappelle qu’il y avait du monde et que l’espace était assez restreint, tant il y avait de stock et c’est là que j’ai découvert pour la première fois le fameux « Guide du routard ».
 
Cet ouvrage est, sans conteste, une mine d’information inestimable pour voyageurs de tous âges.
 
Mais on y trouvait aussi des cartes au kilomètre, des manuels de voyage, de survie, de secours, des recueils d’informations, photos, boussoles et autres matériels utiles ou inutiles.
La journée fut bien remplie, à explorer les lieux pour y dénicher les cartes des pays orientaux, autant l’Europe était dotée de cartes très précises, colorées et de toutes formes, autant des pays comme l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde et le Népal n’avaient que des cartes rudimentaires, mais malgré tout suffisante pour le voyage.
 
De retour à Rouen, nous passions toutes nos soirées et fin de semaine à analyser le trajet, à collecter toutes les informations, à évaluer les distances, à imaginer les difficultés, à prévoir les points de chutes possibles et à estimer le temps entre chaque escale qui bout à bout devait durer cinq mois et…
 
Vingt-cinq mille kilomètres !
 
Ce fut un projet sans commune mesure avec ce que j’avais vécu auparavant. Il demandait toute notre attention durant nos jours de repos ; En effet pour être capable de mener à bien un tel voyage, il fallait non seulement des moyens financiers, mais aussi des moyens matériels et comme point de départ nous n’avions qu’une Deudeuche (2CV).
 
Pour les non connaisseurs ou les jeunes générations, avec ses deux cylindres à plat de 435 cm3 de cylindrée totale, elle ne consommait que 6 litres aux cent kilomètres et pouvait atteindre les cent (105) kilomètres à l’heure, avec un léger vent arrière, ce n’était pas un bolide mais quel véhicule !
Grâce à sa suspension originale, elle avait une tenue de route exceptionnelle, il était quasi impossible de la renverser sur le côté, à moins d’y mettre de la bonne volonté, une facilité d’entretien ou toutes les composantes étaient accessibles avec un petit outillage de base.
Capable de consommer, avec son carburateur Solex, n’importe quelle essence (avec plomb) de n’importe quel grade sans broncher et capable d’absorber n’importe quelle huile sans faillir.
D’ailleurs, il n’y avait pas de filtre à huile, donc pas de manomètre de pression ni de température, juste un indicateur de vitesse et une jauge à carburant, une dynamo pour recharger la batterie de 6 volts ou, lorsque les charbons étaient usés, on le savait en voyant l’intensité des phares la nuit.
Difficile à refaire de nos jours, avec nos véhicules si pointus ou, dès que vous ne mettez pas le bon carburant ou la bonne huile, le moteur chauffe, cliquette ou s’encrasse et affecte les performances.
 
Si je me laissais aller, je ne tarirais pas d’éloge pour ce véhicule qui m’a permis non seulement de traverser la France en long, en large et en travers, mais aussi de faire ce voyage unique et de repartir l’année suivante pour la Grèce, sans faire d’entretien particulier.
Je l’ai revendu et remplacé par une Estafette Renault, plus spacieuse, mais souvent regretté sa conduite et sa facilité d’entretien.
 
Mais revenons à nos moutons…
 
Pour cela nous dûmes travailler tous les deux et utiliser toutes nos ressources, nos contacts, nos énergies… Il nous fallait être prêt à l’automne.
Nous n’avions que quatre mois devant nous et nous ne voulions pas rater le départ. C’était un peu comme pour les fusées, nous avions une fenêtre de tir et il ne fallait pas la rater.
En effet, vingt-cinq mille kilomètres de routes et de pistes, une dizaine de pays, parfois hostiles, et nous n’avions que cinq mois pour faire le voyage.
Certaines contrées devaient être traversées avant l’hiver, tel que les montagnes du centre de la Turquie et pour cela nous ne devions pas traîner, tout devait être calculé pour que nous ayons le temps de faire l’aller avant la neige et le retour après la neige.
De plus, mon employeur, le club de vol à voile rouennais, comptait sur moi pour la prochaine saison, j’assumais à cette époque, les fonctions de chef instructeur et je leur avais promis d’être de retour à temps.
 
Beaucoup n’y croyaient pas, pensant que nous allions abandonner devant le manque de temps pour tout préparer, ils nous prenaient pour de jeunes écervelés, des « babas cool ».
Seuls quelques amis venaient rêver avec nous, soutenant ainsi notre démarche, même s’ils n’avaient pas le courage d’en faire autant ; Leurs présences, leurs arguments, leurs interrogations et aussi cette petite flamme dans leurs yeux quand nous parlions de désert, de montagne himalayenne, de Népal, furent pour nous d’un grand soutient.
 
Ce ne fut pas facile de concilier le travail et la préparation de la voiture, il fallait faire de cette 2CV Citroën standard un véhicule à la fois tout terrain, capable de transporter tout ce dont nous avions besoin, aménager pour y dormir à l’intérieur et la rendre difficilement accessible de l’extérieur pour qui aurait été animé de mauvaises intentions.
 
Pour ceux qui ne la connaissent pas, le volume habitable est assez intime, la distance entre la porte du coffre arrière et les pédales de conduite était assez juste pour s’y allonger, donc nous ne pouvions emporter que la banquette avant pour la conduite.
 
Une fois la banquette arrière retirée, il fallait trouver une façon de combler la marche haute de dix centimètres, entre le plancher avant et le plancher arrière pour rendre le matelas de mousse, épais de vingt centimètres, le plus confortable possible. La solution fut très simple, des vêtements de rechange roulés au pied de la marche.
 
Durant les déplacements, celui-ci était plié vers l’arrière afin de placer la banquette avant, juste comme il faut pour pouvoir conduire confortablement.
Lors des escales, nous devions retirer la banquette pour la nuit, la poser sur le capot moteur et la recouvrir d’une toile pour la protéger des intempéries.
Sur le toit, nous avions conçu une solide galerie, fixée de l’intérieur, sur laquelle nous avions disposé un coffre en bois de fabrication maison, un bidon de carburant, un bidon d’eau et la roue de secours, le tout attaché par des tendeurs et des chaînes avec cadenas. Un voleur aurait eu bien du mal à tenter de nous dérober quoi que ce soit sans tout arracher ou défoncer.
 
Nous connaissions un petit garagiste local, fort sympathique à la cause et super-bon bricoleur, qui souda une tôle de renfort sous le moteur, bricola des grilles démontables pour les phares et le pare-brise et bidouilla une solide fixation pour la galerie.
C’est lui qui m’aida à préparer une petite trousse de dépannage en tout genre et me fournit quelques pièces essentielles, tel que des bougies de rechange, chambres à air, filtre à air… etc.
L’espace de stockage étant très limité, il fallait réfléchir sur l’utilité de chaque objet.
Il restait les pneumatiques, pour cela nous avions contacté tous les fournisseurs et le seul qui proposait le pneu que nous cherchions fut Michelin, ils avaient conçu un pneu extraordinaire appelé « Grand raid ».
Quatre furent montés aussitôt sur la voiture et un cinquième en secours sur le toit.
Ces pneus furent une pure merveille car non seulement ils firent le voyage aller-retour sans encombre mais en plus ils restèrent sur la voiture pendant les deux années qui suivirent, c’est dire la qualité incomparable, surtout actuellement.
Ensuite, il fallait penser au reste du petit équipement pour tenir cinq mois sur la route, au financement et comment stocker tout cela sans risquer de se le faire voler, puis finalement les passeports et les visas des différents pays à traverser.
 
À l’époque, la Yougoslavie était en un seul morceau sous la férule de Tito, l’Albanie était inaccessible, la situation politique en Turquie était assez chaotique, le Shah était au pouvoir en Iran, soutenu par la Savak, cette police sans pitié pour qui que ce soit, l’Afghanistan était en paix, les frères ennemis, l’Inde et le Pakistan, étaient considérés comme des pays en voie de développement et le Népal était réputé comme un havre de paix, une destination pour les routards.
 
Quatre mois de préparatifs, c’est très court pour ne rien oublier, tout envisager, avec le recul je ne suis pas certain que nous avions vraiment tout prévu, mais quand nous sommes partis, nous n’avions aucun doute, c’était vraisemblablement l’insouciance de la jeunesse…
 
à suivre...

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Nous voulions voir le toit du monde

5 Février 2018, 17:59pm

Publié par Cire Cassiar

Épilogue

Nous étions jeunes et libres d’attaches.

Notre vision du monde était on ne peut plus idyllique, il est vrai que nous étions sur la vague des "Peace and Love", bourrés de bonnes intentions, nous flottions sur un nuage.

J’en imagine beaucoup, souriant en pensant au cannabis et tous ses dérivés mais détrompez-vous, nos intentions étaient pures, désolé de vous décevoir, nous n’y avons même pas touché.

Au cours de l’été 1976 sur l’aéroport de Rouen-Boos, je fis la connaissance de M.A, je l’appellerais ainsi afin de préserver son identité.

Nous campions, dans une pièce, au troisième étage d’un très vieil immeuble d’un quartier populaire, en plein cœur du centre-ville de Rouen, la ville aux cent clochers.

Pour commodités, nous n’avions qu’un évier rustique avec uniquement de l’eau froide, pour le bain il fallait faire chauffer l’eau sur un gros camping gaz et la verser dans une grosse bassine qui servait de baignoire; Les toilettes communes étaient situées dans le fond du couloir dont la lumière était souvent absente.

Malgré l’inconfort, l’ambiance était plutôt sympa entre tous les locataires de l’immeuble. Nous étions peu fortunés mais insouciants et heureux !...La Bohême !

M.A avait l’habitude de ne jamais fermer les portes de sa vielle 4L Renault, elle disait qu’ainsi les petits voleurs à la tire ne fractureraient pas la porte pour fouiller dans la boîte à gant, dans laquelle elle ne laissait jamais rien.

Je dois reconnaître que j’ai appliqué cette méthode pendant longtemps, n’ayant pour la plupart du temps que de vieille voiture en bout de course.

Or à cette époque j’étais l’heureux propriétaire d’une 2CV Citroën, que l’on prononce « deux chevaux », elle avait dix d’âge, ce qui était encore jeune pour ce type de véhicule surtout à cette époque, fermer les portes n’aurait servi à rien étant donné que toit était en toile. Il valait mieux laisser les portes ouvertes plutôt que de retrouver la toiture éventrée.

voyage Rouen-Katmandou en 2CV
Tracé du voyage Rouen - Katmandou en 2CV

Ce véhicule avait la particularité d’être mécaniquement très simple, léger au niveau structure, hyper-stable et sécuritaire sur le plan de la conduite. Ses performances étaient loin d’être son meilleur atout mais elle était bougrement économique et capable de consommer n’importe quelle essence, quelle que soit la qualité ou le grade. C’était le véhicule idéal pour voyageurs sans-le-sou.

Vous êtes-vous déjà réveillé un beau matin avec une idée fixe en tête ? Une idée si forte que vous n’arrêtez pas d’y penser toute la journée, une idée qui se précise au fur et à mesure que vous en parlez et vous faites fi des arguments qui vont à l’encontre de cette idée, bien au contraire cela ne fait que la renforcer.

Je ne sais pas si c’est un vent de « Sur la route » de Jack Kerouac qui nous a poussé à partir pour un si long voyage, mais nous avions trouvé notre objectif « l’Himalaya », nous voulions voir le toit du monde...

L’idée était devenue si limpide que rapidement nous avons entamé les préparatifs. La première étape fut de trouver les cartes, il nous fallait visualiser le parcours ; J’ai toujours été fasciné par les cartes de géographie, elles m’ont toujours fait rêver, rien qu’en lisant les noms, en examinant la topographie, le découpage des pays, les routes, les villes, les montagnes, les déserts, bref… Le Monde.

Direction Paris en 4L ; Destination « La librairie L’Astrolabe », spécialisée en documentation de voyages en tout genre, c’était notre première étape et de loin la plus facile...

 

...à suivre...

 

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