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Epistolier - Résumés de livres - Nouvelles

Nous voulions voir le toit du monde - New Delhi

21 Janvier 2019, 18:52pm

Publié par Cire Cassiar

Delhi ou New Delhi ? en fait la deuxième se trouve au centre de la première et c’est le siège du pouvoir, habité essentiellement par la bourgeoisie, donc plus calme, le pourtour, constitué de quartiers très différents dont un au nord, appelé aussi « Old Delhi ».

Autour du centre-ville c’est le chaos, cela peut être un choc a quiconque débarque de l’avion en provenance de l’Occident.

Arriver en voiture, nous a permis de nous adapter graduellement à l’environnement et quel environnement !

Nous y ferons une halte de trois jours et bien entendu, il était hors de question d’utiliser la voiture tant la circulation était embouteillée et paraissait désorganisée, effervescente, le meilleur moyen pour s’y déplacer restait les « rickshaws »

Cette fois nous prendrons un motorisé, c’est bruyant mais confortable et surtout on n’a pas le sentiment d’exploiter un esclave…

Décrire cette ville serait difficile, tant elle est surprenante à bien des égards, au premier abord on peut être surpris par la densité multiculturelle de la population, on y croise

Indou a New Delhi
Indou a New Delhi

majoritairement des hindous, mais aussi des musulmans, des sikhs, des bouddhistes et des chrétiens au sein de laquelle, la pauvreté extrême côtoie la richesse, la pollution est omniprésente, le bruit ambiant, les coups de klaxons, tout cela demande un temps d’adaptation.

Il faut se laisser doucement imprégner par l’ambiance et surtout se laisser guider par le chauffeur qui connaît chaque recoin, tous les sites touristiques et les marchés.

Elle peut être belle et fascinante à qui prend le temps de la visiter, si les avenues de New Delhi sont droites et pourraient donner le sentiment qu’y circuler en 2CV doit être possible, il n’en est pas de même pour Old Delhi ou les ruelles sont étroites, tortueuses et encombrées.

Notre séjour commença par la visite des sites les plus connus dont la porte de l’Inde, construite un peu à l’image de l’Arc de triomphe de Paris, puis à l’Est, le majestueux tombeau d’Humayun.

Au sud, près du quartier musulman, le Jardin de Lodi, un parc verdoyant, habitait par d’innombrables oiseaux, ce qui contraste avec le tumulte de la ville, dans lequel s’intègrent parfaitement de multiples tombeaux royaux.

Au Nord, dans le Old Delhi, un exemple type de l’architecture Moghole, la plus grande mosquée de l’Inde, Jama Masjid, édifié en 1650, une vaste cour pavée, une grande porte entourée de cinq arcades de part et d’autre, trois dômes dorés, le tout flanqué de deux minarets.

Puis au Nord-Est le Fort Rouge, c’est comme un immense jardin avec de nombreux pavillons reliés entre eux par des canaux, à la fois utilitaires et décoratifs, dont l’eau provient de la rivière Yamuna.

Sans oublier les temples Hindous, disséminés un peu partout dans la ville, leur architecture est impressionnante, tant par la complexité des œuvres mais aussi par leurs couleurs et la richesse des sculptures.

Tout cela donne faim, surtout lorsque le soleil décline, les odeurs de grillades et d’épices excitent les papilles, il y a des marchands ambulants partout, la cuisine de rue fait partie du quotidien, la plupart des travailleurs, quel que soit leur rang social, viennent se nourrir aux mêmes endroits, un peu comme si les clivages culturels, religieux avaient momentanément disparu.

Comment résister à de juteuses brochettes du fameux poulet tandoori mariné au curcuma et arrosé de sauce aux épices garam masala, ail et cumin dans un pain nan…

Il faut d’abord faire abstraction de l’aspect douteux des lieux, de la propreté ambiante, il est sûr qu’un estomac fragile et non préparé ne résistera pas longtemps à ce traitement.

Une chose est certaine, si vous ne prenez un minimum de précautions, toutes sortes d’ennuis gastriques vous guettent, je vous conterais cela plus loin mais est-ce en Inde ou au Népal ? Je ne sais plus, par contre ce que je sais c'est que j’ai eu droit à ce que l’on appelle une « amibiase intestinale », c’est long et très désagréable avant de pouvoir remanger un peu de tout.

Ce sont les risques du voyage, il ne faut pas s’empêcher de faire quoi que ce soit, si vous avez peur de tout, restez chez-vous !…

Parlons des odeurs, si dans nos sociétés aseptisées nous concevons des multitudes de parfums pour toutes les occasions et des désodorisants pour revenir à l’air sans odeur, en Inde vous passez votre temps a vous demander « quelle est cette odeur ? »

Des odeurs d’épices, des odeurs d’encens, des odeurs douteuses, des odeurs fétides, des odeurs épouvantables, tout cela se mélange parfois, bref un pot-pourri d’odeurs.

Il y en une que nous avions remarqué, assez particulière, loin d’être désagréable, bien au contraire elle ressemblait un peu à du poulet grillé, même s’il n’y avait pas de barbecue dans les environs, parfois envahissante, mêlée de fumée de feux de bois, il nous a fallu plusieurs jours pour comprendre son origine.

Les rivières sont des lieux mystiques, souvent aménagées pour y faire les ablutions rituelles, l’eau jouant un rôle purificateur dans la religion hindouiste, certains viennent simplement se laver le corps, les dents ou leur linge, de quoi surprendre, mais ce n’est pas tout.

Lors d’une promenade sur les bords de la rivière Yamuna, une des sept rivières sacrées de l’Inde, nous remarquions un attroupement autour d’un grand feu, intrigués, nous nous sommes dirigés vers lui et l’odeur était présente, voulant en connaître la provenance nous nous sommes approchés suffisamment pour surplomber les lieux.

Cela semblait un rituel ou plusieurs personnes étaient en transe, d’autres priaient, mais ils étaient tous très bien habillés.

Le feu était assez gros, un tas de bois rectangulaire de deux mètres sur un, d’une hauteur d’un mètre qui fumait abondamment.

Il nous a fallu un bon moment pour le réaliser mais quelle ne fut pas notre surprise de voir dépasser du brasier...deux pieds et en aiguisant notre vision nous pûmes reconnaître...un corps humain, allongé, c’était un défunt et l’odeur de poulet grillé n’était rien d’autre que l’odeur de la chair humaine qui grillait…

Après cela, vous ne voyait plus les choses de la même façon, malgré tout le séjour a Delhi fut un des meilleurs.

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Nous voulions voir le toit du monde; Amritsar - New Delhi

14 Janvier 2019, 18:50pm

Publié par Cire Cassiar

Quatre cent cinquante kilomètres de routes encombrées de toutes sortes de véhicules, charrettes et animaux, fréquentées par de nombreux piétons, marchands ambulants, gamins, religieux et mendiants et le tout en conduisant à gauche avec un véhicule Européen.

Autant dire que nous étions aux aguets et deux paires d’yeux n’étaient pas de trop.

Nous n’avions jamais vu autant de monde, à pieds et si peu vêtu… La pauvreté étant la norme.

Au fur et à mesure que nous approchions du centre du pays, la température grimpait graduellement et la sécheresse rendait les routes poussiéreuses.

Éléphant entre Ludhiana et Delhi
Entre Ludhiana et Delhi

Slalomer entre les vaches sacrées, les nids-de-poule, les travaux, les éléphants, les véhicules qui s’arrêtent n’importe où n’importe quand, ceux qui sont en pannes ou abandonnés, les passages de chemin de fer chaotiques, les accrochages entre conducteurs qui s’interpellent, bref attachez vos ceintures, c’est tout une aventure en soi.

Une circulation désordonnée, certains ne craignant pas de rouler a contresens, les scooters zigzaguaient rapidement entre les véhicules, ce qui n’empêchait pas de trouver une vache sacrée couchée en plein milieu du chemin, tout le monde en fait le tour et les quelques forces constabulaire que nous avions pu entrevoir semblaient complètement déconnectées à moins que ce ne soit nous…

Et le bruit ! Que dire de ce brouhaha continu ponctué de coups de klaxons qui est une façon de communiquer entre conducteurs.

En Inde on klaxonne pour tout et n’importe quoi, pour tourner, doubler, croiser serré, râler, dire bonjour, pour rien…

L’Inde est un autre monde ou les valeurs occidentales ont peu ou pas de place dans cet univers chaotique qui, malgré tout, semble fonctionner.

Nous avions dépassé un rouleau compresseur quelques minutes auparavant et étions stoppés à un passage à niveau, une nuée de gamin gravitait autour de la voiture dans un babillage incessant lorsque tout à coup, toutes les têtes se sont tournées vers l’arrière, il s’ensuivit des cris, des appels en tous sens, tout ce petit monde reflua vers l’origine des cris, instinctivement je m’attendais à voir le rouleau compresseur arriver dans le rétroviseur, or celui-ci avait disparu et quelle ne fut pas ma surprise de voir à la place un nuage de poussière… Il était tombé dans le fossé…

À ce moment-là, le passage à niveau s’ouvrit et la circulation reprit son cours, je me suis toujours demandé, comment un rouleau, roulant à la vitesse d’une tortue, avait pu quitter la route pour terminer dans le fossé ?

Nous n’étions pas au bout de nos surprises, quelques dizaines de kilomètres plus loin, un ralentissement, nous pensions à un accrochage, des travaux ou le passage d’un train, lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, il y avait, sur le bord de la route, le cadavre d’une vache sacrée, entourée d’une nuée de vautours charognards qui s’affairaient à dépecer la carcasse, sous les regards désintéressés de la population locale qui vaquait à ses occupations, comme si tout était normal, le lendemain il ne restera plus qu’un squelette bien nettoyé.

Remarquez, cela a de quoi surprendre, lorsque dans votre pays, les carcasses sont immédiatement ramassées, les lieux désinfectés et les vautours confinés dans les zones montagneuses.

La route longeait une voie de chemin et il n’était pas rare de voir des grappes humaines tirées par une locomotive à vapeur, crachant une épaisse fumée noire et blanche.

Les trains n'ont rien à voir avec ce que nous avions pu voir ailleurs, les wagons disparaissaient sous les grappes de voyageurs accrochés à tout ce qui dépassait, sur le toit et même sur les tampons en avant de la locomotive et tout cela était normal. 

Alors que la « Sécurité » est devenue une obsession de tous les gouvernements, les dirigeants, les compagnies, les individus dans la majeure partie du monde, il semble que cela n’ait pas encore atteint l’Inde quand on voit les images actuelles, la locomotive a changé mais le mode de transports est le même.

La journée, quoique éprouvante, ne nous avait préparés au contraste de la ville de New Delhi, autant la périphérie était très populeuse et grouillante de vie, le vieux centre, avec tous ces monuments, était bien plus calme.

La traversée de la banlieue était un immense capharnaüm ou chaque carrefour était une jungle dans une cacophonie indescriptible. Nous avions trouvé, grâce au guide du routard, une auberge proche du centre-ville, dans un lieu "relativement calme".

Une fois nos bagages posés et la voiture stationnée, nous avions choisi de prendre un « rickshaw » ce légendaire tricycle, pas toujours motorisé, qui permet de se déplacer sans difficulté pour quelques roupies.

Devant l’auberge, il y en avait plusieurs à bras et quelques motorisés, nous avons longuement palabré avec la personne à l’accueil, nous hésitions à prendre celui à traction humaine au profit d’un motorisé, dans notre esprit d’Occidental affranchi, se faire tirer par un humain nous donnait le sentiment d’avoir un esclave à notre disposition, un homme à la place d’un cheval, c’était contre nature ;

One roupi -  une roupie indienne
une roupie indienne

Mais le préposé fut assez persuasif et fini par nous atteindre sur un autre plan, en effet, si quelques roupies ne représentaient que peu de choses pour nous, cela équivalait une journée de salaire, de quoi nourrir la famille du conducteur.

Je vous avoue que l’expérience fut malgré tout peu agréable, même si nous étions assurés de faire une bonne action, voir le conducteur tirer comme un bœuf, le cou et les muscles des épaules contractés, l’entendre peiner sous la charge était pour moi très pénible, j’eus plusieurs fois l’envie de descendre pour l’aider mais nous avons suivi les conseils de l’aubergiste et résisté à cette tentation. Descendre en marche aurait été un déshonneur pour lui et sa famille et il aurait pu même y perdre son travail. En effet, ils ne sont pas tous propriétaires dudit véhicule, parfois même ils travaillent pour payer leur dette et avoir une gamelle pour survivre.

Notre chauffeur, nous l’appellerons ainsi, nous proposa la visite d’un atelier de tissage de foulard en soie, brodée d’or, ensuite il nous fit visiter une boutique de tapis, une bijouterie puis finit par nous amener dans un restaurant.

Nous apprîmes plus tard que pour chaque visite et vente dans les boutiques, notre chauffeur touchait une commission, si nous l’avions su plus tôt nous aurions visité plus de commerces ; Avant de nous quitter, nous convenions d’une heure de retour, celui-ci devait nous attendre un peu plus loin car il n’avait pas le droit de rester devant le restaurant.

Je dois dire que la cuisine indienne est surprenante à bien des égards, elle réussit à jongler aisément entre le salé, le sucré et l’épicé.

Le mélange des épices est sans nul doute le secret des saveurs de cette cuisine, tous ceux qui y ont goûté ont été surpris par ses qualités gustatives, chaque épice joue un rôle très spécifique et c’est ce qui lui donne une saveur inégalable et des odeurs à faire saliver n'importe quel gourmet.

Vous avez même parfois l'impression de manger un plat cuisiné a base de viande alors qu'il n'y a que des légumes, tout est dans la sauce.

Par contre, pour ceux qui n’en ont pas l’habitude, je vous conseille d’éviter les plats trop épicés et peu cuit si vous ne voulez pas vous retrouver aux toilettes avec des brûlures d’estomac et autres problèmes connexes, si vous voyez ce que je veux dire.

A l’heure dites, notre chauffeur nous attendait patiemment devant l’entrée et nous ramena à l’auberge. Après lui avoir donné un bon pourboire, pourtant maigre à nos yeux, il nous gratifia de remerciements et courbettes, comme si nous venions de lui sauver la vie.

Peut-être que, sans nous en rendre compte, alors que nous ne maîtrisions pas la monnaie locale, nous lui avions donné l’équivalent d’un mois de salaire. Mais peu importe, de le voir si heureux, ce fut pour nous « la cerise sur le Sunday ».

On nous avait prévenu qu’en Inde les moustiques et autres insectes étaient bien présents et pourraient véhiculer la Malaria, par précaution nous avions pris notre dose quotidienne de quinine et de surcroit dans notre chambre le lit était entouré d’une moustiquaire, fort heureusement, nous n'avons fait que les entendre bourdonner avant de nous endormir, tard ce soir là…

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Le Paradoxe de Théophraste

15 Décembre 2018, 19:17pm

Publié par Cire Cassiar

Auteur : Eric Raissac aux éditions Edilivre / ISBN : 978-2-414-20415-1 / 2018 - 92 pages ----------------------------------------

Le paradoxe de Théophraste

Au Matin de son cinquantième anniversaire, un homme croise le regard d'un chat noir et se retrouve prisonnier d'un sortilège.

Il est entraîné malgré lui dans des mésaventures rocambolesques, ou les déboires et évènements insolites s'accumulent sans qu'il ne comprenne ce qui lui arrive.

Dépossédé de tous ses biens, seul, "égaré", il tente tant bien que mal de survivre au fil des rencontres plus absurdes les unes que les autres.

Passer le cap d'une nouvelle dizaine ne se fait pas sans peine et ce cauchemar éveillé est une surprenante métaphore des inquiétudes liées au fait de vieillir.

 

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Nous voulions voir le toit du monde - Islamabad - Amritsar

3 Décembre 2018, 10:43am

Publié par Cire Cassiar

La traversée du Nord Pakistan me rappelle la poussière, la sécheresse, la pauvreté, les montagnes, les regards étonnés de rencontrer des Européens et surtout une femme non voilée.

L’indus, les chaînes de l’Hindu kush et Karakorum

Nord Pakistan
Desert Nord Pakistan

Le Pakistan est divisé en quatre provinces – le Balouchistan (à l’ouest, à la frontière avec l’Iran et l’Afghanistan, avec pour capitale Quetta), la province de la frontière du Nord-Ouest (au nord-ouest, à la frontière avec l’Afghanistan, avec pour capitale Peshawar), le Pendjab (au nord-est, à la frontière avec l’Inde, avec pour capitale Lahore) et le Sind (au sud-est, avec pour capitale Karachi) et trois territoires : le territoire de la capitale fédérale d’Islamabad, dans le Nord-Est, le Kashmir, une étroite bande a la frontière avec l’Inde dont la capitale est Muzaffarabad et enfin le territoire du nord le « Gilgit-Baltistan dont sa frontière touche à la fois l’Afghanistan, la Chine et l’Inde, c’est une région très montagneuse où se situe le sommet bien connu de tous les alpinistes le K2, dans la chaîne du Karakorum, traversé par le fleuve « Indus ».

La population pakistanaise, très multiethnique, est composée de Pendjabi, Pachtoune, Sindi, Baloutchi, Kalash, Cashmiri et autres tribus; Que dire des religions, l’islam (chiite et sunnite) culture majoritaire, l’hindouisme, le Christianisme et quelques Animistes, Bouddhistes ou Sikhs, tout cela fait du Pakistan un mélange explosif ou les tensions entre différentes ethnies sont souvent très fortes, ce qui occasionne de fréquentes et violentes confrontations.

Vu la nature des territoires traversés, nous n’avions qu’une idée en tête, joindre l’Inde dans les plus brefs délais.

Direction Lahore, via Jhelum, Gujrat, Gujranwala, quatre cent quatre-vingts kilomètres de route aride, longeant une voie de chemin de fer sur laquelle quelques rares trains à vapeur circulaient, crachant un panache de fumée noire et blanche.

On aurait pu se croire au Far-West ou dans un western, il ne manquait plus que les cow-boys, au lieu de cela nous croisions des caravanes de chameaux, des camions lourdement chargés mais fortement décorés et des piétons… au milieu du désert.

Nord Pakistan
Caravanne Nord Pakistan

Lahore, deux mille ans d’histoire, située sur les berges de la rivière Ravi a trente kilomètres de la frontière avec l’Inde. C’est la deuxième plus grande ville du Pakistan après Karachi, c’est aussi la ville qui possède la plus grande mosquée d’Asie.

 

Nous ne pouvions passer sans visiter les magnifiques jardins de Shalimar, qui font maintenant partie du patrimoine mondial depuis 1981, composés de plusieurs bassins sur trois terrasses permettant, par un jeu de canaux, de très belles chutes d’eau et enfin la vieille ville, legs de l’empire Moghol (XVIe siècle).

Après les formalités administratives et l’obtention du visa pour l’Inde, nous voilà parti pour Amritsar via Wagah, le poste frontière.

Visa Wagha
Visa Wagha

À l’arrivée côté indien, nous fumes accueillis par une flopée de gamins qui gravitaient autour des voitures en quête de monnaie ou la plus part du temps pour vendre de petits biscuits: j'ai le souvenir de celui qui n’arrêtait pas de répéter à haute voix et en français de surcroît « Les gâteaux c’est bon, les gâteaux c'est bon » avec son plateau en équilibre au-dessus de sa tête.

Visiblement, il avait reconnu l'autocollant « F », indiquant le pays d'origine, l’immatriculation ou le type de voiture.

J'imagine qu'il avait appris à le dire dans plusieurs langues, il était radieux et enjoué, être accueilli par un sourire est nettement plus agréable que par la face soupçonneuse d'un douanier, si bien que nous lui en avions acheté plusieurs de ces fameux petits biscuits indiens à la cardamome, des Nan Khatai, recette typique très parfumée et peu sucrée, un vrai délice.

Nous entrions en Inde sur une note conviviale.

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Nous voulions voir le toit du monde - Kabul - Peshawar

8 Octobre 2018, 19:34pm

Publié par Cire Cassiar

Après un copieux petit-déjeuner composé de thé bien sucré, de pain frais et de miel de lavande nous reprenons la route mais cette fois en direction du Pakistan ;

Sept heures de route dans des montagnes nous attendent en passant par Jalalabad, Torkham et la « Kybher pass » nom célèbre pour ceux qui ont voyagé par la route comme moi.

Autant je n’ai que très peu de souvenirs du trajet sinueux dans ces reliefs arides, autant je me souviens très bien de la "kybher pass" ce couloir naturel juste avant la plaine qui débouche sur le Pakistan.

Je le vois encore, dans l’ombre, les sommets sont tellement hauts que le soleil n’y passe que très peu de temps, beaucoup de camions Afghans, beaucoup de routiers internationaux, beaucoup de voitures de routards.

Cette route mène à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan et la particularité de ce poste est que la circulation qui était à droite passe à gauche; Vous imaginez la confusion pour bon nombre de conducteurs, cela demande une canalisation très organisée, bien identifiée, bien orchestrée mais occasionne des délais très importants, surtout quand on vient d’Afghanistan ou la Marijuana était quasiment en vente libre alors qu’au Pakistan elle était considérée comme illégale.

Pendant que nous attendions notre tour côté Afghan, il y avait toutes sortes de petits vendeurs à la sauvette dont plusieurs proposaient des tablettes, couleur chocolat, enveloppées dans du papier aluminium, M.A reconnue immédiatement la nature de ces tablettes et fit comprendre au jeune vendeur que nous n’étions pas acheteur. Ce n’était pas le temps de se faire arrêter.

une roupie pakistanaise

Conduire à gauche avec un volant à gauche quand on a appris à conduire à droite est loin d’être évident, les réflexes conditionnés pour la droite ne marchent plus, il faut raisonner systématiquement à chaque carrefour pour éviter la confrontation.

Au début on n’ose pas doubler, d’une part on est obligé de faire confiance au passager parce qu’on y voit rien mais en plus déboîter à droite peut, a priori, paraître simple mais chassez le naturel, il revient au galop si à ce moment-là vous avez un véhicule en face, le réflexe premier est de serrer la droite, alors que vous devez aller à gauche, vous imaginez les zigzags hésitants et les sueurs froides, les coups de klaxons et les engueulades…

Bref, l’arrivée au Pakistan et plus précisément à Peshawar fut mémorable.

Le soir venant, nous cherchions, dans les rues bondées, l’adresse d’une auberge de jeunesse lorsqu’une Mercedes nous aborda, le conducteur, bien habillé, nous fit comprendre de le suivre.

Insouciants et ne sachant ou aller, nous le suivions dans un dédale de petites rues, mais nous ne savions plus ou nous étions, j’avoue avoir eu quelques doutes à ce moment-là, nous commencions à nous demander dans quel pétrin nous nous étions fourrés.

Puis il arriva à l’entrée d’une belle maison, ouvrit le portail du jardin et nous fit signe d’y pénétrer.

Une fois à l’intérieur il referma le portail et nous demanda de patienter, il parlait un anglais tout à fait compréhensible pour des Européens qui ne maîtrisaient pas la langue.

Au bout de quelques minutes il revint et nous présenta sa jeune épouse puis nous invita à pénétrer dans sa demeure.

Abdul notre hôte pakistanais

Nous avons passé trois jours chez lui, durant lesquels il nous présenta à tous ses amis et pour cela il nous proposa de nous habiller à la mode pakistanaise, nous étions choyés, traité comme des rois.

À l’occasion de certaines visites, je n’ai pas eu le droit de voir les femmes, j’étais tenu isolé dans une pièce et seul l’hôte de la place venait discuter avec moi.

Habit traditionnel Pakistanais

L’un d’eux me demanda pourquoi je portais la barbe, était-ce par conviction religieuse ? Il alla jusqu’à me proposer de me la faire tailler par le barbier du coin.

Fort heureusement ne maîtrisant pas la langue correctement, je m’en sortais par quelques balbutiements qui les laissaient perplexes.

L’accueil était très chaleureux et la nourriture très épicée… C’était une cuisine influencée par l’inde et l’asie centrale, cardamome, cumin, poivre, laurier, muscade et clous de girofle…

Les plats étaient composés de boulettes de viandes de bœuf ou d’agneaux grillées au paprika, accompagnés de riz biryani, de pois chiche ou haricots noirs avec des sauces toutes aussi exquises.

Nous aurions pu rester encore quelques jours si une nuit, alors que nous étions couchés depuis une demi-heure, notre hôte se pointa dans notre chambre avec son épouse et nous fit comprendre de lui faire de la place dans le lit.

Je me retrouvais ainsi coincé entre ma copine et lui, son épouse étant de l’autre côté.

Je ne savais quelle attitude adopter, je restais la sans bouger, allonger sur le dos les mains croisées sur ma poitrine.

Quelques minutes plus tard, il prit ma main et la posa sur la main de son épouse, mon cœur battait à tout rompre et j’étais confus, je ne savais pas exactement ce qu’il voulait mais je m’imaginais peu à peu qu’il voulait faire une sorte d’échange, n’y tenant pas je retirais ma main et lui tournais le dos.

Il ne fallut pas plus d’une minute pour qu’il se lève et quitte la chambre accompagnée de son épouse.

Le lendemain matin, gênés, nous nous présentions pour le petit-déjeuner, lui n’était pas présent mais son épouse nous fit comprendre qu’il était souffrant et qu’il ne pouvait sortir de sa chambre.

Ce fut pour nous le signal du départ, nous préparions nos affaires à la hâte et remercions chaleureusement son épouse pour son accueil et la quittions à regret sans vraiment savoir ce qu’il s’était réellement passé...

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Nous voulions voir le toit du monde - de Kandahar à Kaboul

24 Août 2018, 21:35pm

Publié par Cire Cassiar

Qandahàr ou Kandahàr, situé à l’extrême sud de l’Afghanistan est une ville chargée d’histoire.

Supposément fondée par Alexandre le Grand, roi de Macédoine, la ville à fait l’objet de nombreuses attaques de par sa position stratégique en Asie Centrale, conquises tour à tour par les Turcs, les Arabes, les Mongols, les Perses et même les Indiens pour finir par être reprise par les islamistes.

En mille neuf cent soixante-dix-sept, l’Afghanistan était une république progressiste ouverte sur le monde ou l’accueil y était chaleureux.

Le droit de vote pour les femmes avait été instauré en 1965, elles avaient le droit aux études, de travailler dans toutes les sphères de la société, elles pouvaient conduire des véhicules et aller aux spectacles, elles ne portaient pas le voile, seules quelques rares exceptions dans les régions rurales portaient le voile intégral.

Comme dans tous les pays, les traditions étaient plus ancrées dans les campagnes qu’a la ville.

Difficile d’imaginer qu’après trente ans de guerre ce pays retomberait aux valeurs du Moyen Âge et rien ne laisser entrevoir qu’il deviendrait l’un des pays les plus pauvre et parmi les plus dangereux au monde.

À cette époque nous ne ressentions aucune animosité envers les Occidentaux, les Afghans étaient plutôt curieux et posaient beaucoup de questions, la plupart voulaient connaître nos différences, notre culture c’est comme cela qu’un de nos hôtes nous avoua être encore célibataire a quarante ans parce qu’ils n’avaient pas les moyens pour prendre épouse.

Nous l’avions rencontré lors d’une halte carburant, il travaillait dans une station-service au milieu de nulle part et nous avait expliqué qu’il lui fallait donner trois chameaux et une dizaine de chèvres à la famille de celle qu’il convoitait et comme il ne pouvait toujours pas, il devait travailler la nuit dans cette station pour pouvoir accumuler suffisamment d’argent.

Afghan
rencontre en plein désert

Imaginez sa surprise lorsque je lui dis que là d’où nous venions, les femmes étaient libres et que nous n’avions pas a donner ou payer quoi que ce soit pour vivre ensemble.

Nous ne sommes restés que deux jours, le temps de refaire quelques provisions et le plein, car nous avions cinq cents kilomètres à parcourir avant Kaboul.

La route était belle, droite, je crois me souvenir que cette partie avait été construite avec l’aide des Américains et était en asphalte alors que l’autre moitié, celle entre Herat et Kandahar avait été construite par les Russes en plaque de béton.

Devant nous, le désert, tantôt nous croisions des camions afghans richement décorés, tantôt une caravane de chameaux, tantôt des marcheurs, tantôt un fier cavalier.

cavalier afghan
cavalier afghan

Malgré la chaleur et la poussière ils étaient chaudement vêtus, est-ce leur façon de combattre l’ardeur des rayons du soleil ? Est-ce par tradition culturelle ? Ou un peu des deux ?

 

 

 

 

C’est surprenant de croiser des marcheurs en zone désertique ; Pour marcher sur de l’asphalte avec des chaussures en pneu, il faut avoir une bonne couche de corne au pied pour résister de tels traitements.

désert Afghan
marcheur en plein désert

Le trajet se déroula sans encombre, la circulation devint plus dense aux abords de Kaboul, c’était une route à quatre voies avec un fossé au centre, relativement plate, pas de nid-de-poule, il n’y avait aucun obstacle et pourtant un camion avait trouvé le moyen de se renverser en faisant demi-tour, comme si le chauffeur n’avait pas vu la tranchée… Peut-être avait-il fumé un trop bon joint ce jour-là…

Kaboul, la capitale, située a mille cinq cents mètres d’altitude sur les contreforts de l’Hindou koush, cette chaîne de montagnes aride dont le plus haut sommet culmine a sept mille sept cents mètres, un climat continental, froid jusqu’à -15*C en hiver, chaud et sec en été jusqu’à 30*C. Malgré son altitude, je ne me souviens pas avoir grimpé une côte pour y arriver,

La ville abritait cinq cent mille habitants dans les années 75, paraît-il qu’ils seraient près de trois millions présentement.

Composé de Pachtounes, de Tadjiks et d’Azaras, on y parle le « dari » une variante de la langue perse. Nous sommes passés un peu plus d’un an avant le coup d’État qui a mis le feu aux poudres et nous n’avions ressenti aucune tension, aucun mouvement, rien n’était perceptible et ne laissait prévoir que ce pays serait à feu et à sang pendant de longues années.

Je me souviens d’un jeune apprenti boulanger, fier de poser pour la photo avec le pain qu’il venait à peine de sortir du four.

Il faut dire que les fours Afghans sont très particuliers, un peu comme une jarre à l’envers dans le sol avec un orifice circulaire au sommet permettant de coller le pain, en forme de fougasse, sur la paroi avec une sorte de gaffe, le feu de bois est au fond et le pain cuit en quelques minutes, puis on le retire délicatement par le même orifice avec ladite gaffe pour le manger dans les plus bref délais.

Son goût était vraiment exquis, un vrai délice, c’était comme de manger du gâteau, nous l’avons dévoré sur place et sommes revenus le lendemain dans l’espoir d’en avoir plusieurs, il faut dire que les afghans en mangent beaucoup c’est quasiment l’aliment de base, son goût inimitable est vraisemblablement dû à la qualité du blé cultivé dans la plaine.

Puis il y a les traditionnels vendeurs de thé avec leur Samovar et leurs petites théières en porcelaine bleue, bien chaudes, remplies d'un thé corsé que l’on boit dans de petit bol en mangeant le fameux pain Afghan.

Ce sont souvent les choses les plus simples qui sont les meilleures.

vendeur de thé Afghan
vendeur de thé

 

 

 

 

 

 

 

Nous ne pouvions quitter Kaboul sans avoir visité son immense Bazar, avec son dédale de ruelles, ses odeurs, ses marchands d’épices, de tapis, de vêtements traditionnels, de paniers, de babioles de toutes sortes, une vraie caverne d’Alibaba, comme la voiture n’était pas assez grande, nous nous sommes limités à quelques petits articles, comme une théière de voyage et un "Pakol" le célèbre chapeau Afghan en laine de chameau si fièrement porté par "feu le Commandant Massoud".

Il aurait fallu une bonne semaine pour le visiter au complet, mais nous avions encore beaucoup de chemin à parcourir et avant de partir nous ne pouvions rater l’occasion d’acheter du pain pour la route.

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Embrouille en Corse

23 Juillet 2018, 16:14pm

Publié par Cire Cassiar

Peter Mayle
Embrouille en Corse

Peter Mayle – Ed Nil 2016 – 202 pages; ISBN 978.2.7578.6060.1--------------------------------------

On est bien loin des premiers livres comme « Une année en Provence » « Hôtel Pastis » ou encore « Château l’arnaque » je ne sais pas si c’est une commande parce qu’il y en a trois si l’on ajoute « Embrouille en Provence et Embrouille à Monaco » ou si Peter Mayle a voulu s’amuser mais « Embrouille en Corse » se lit sans effort intellectuel et avec une intrigue assez facile à deviner ;

Certes ce n’est pas un chef-d’œuvre d’écriture et certainement pas un best-seller, ce n’est rien d’autre qu’un petit polar d’été parmi tant d’autres.

C’est l’histoire d’un homme riche et discret, Francis Reboul, héros de plusieurs de ses romans, qui habite une luxueuse maison admirablement bien située géographiquement dans les environs de Marseille.

Arrive un richissime russe, Oleg Vronsky, dont le passé douteux ne laisse présager rien de bon, ce dernier se cherche une maison sur la côte et bien évidemment il découvre celle de Reboul et la veut absolument.

Pour cela il est prêt a tout, même jusqu’à engager des tueurs à gage russes qui eux vont engager des tueurs à gage corses mais ce qu’il ne sait pas c’est que notre ami Reboul a beaucoup de relations, y compris dans la police et en Corse.

On commence par un verre de rosé puis on y boit du champagne à toutes occasions, comme si les riches ne buvaient que cela, on fait de bons repas bien arrosés, on se déplace en voiture avec chauffeur et en jet privé bien entendu. Bref ! Un peu d’intimidation, un soupçon de surveillance, quelques relations curieuses avec la mafia corse, mais rien qui vaille la peine de s’y attarder, tous les ingrédients sont là pour en faire un petit roman policier mais la sauce ne prend pas.

On a du mal à y croire, c’est très superficiel, une écriture de débutant.

Pour ceux qui ont aimé les autres œuvres de Peter Mayle, je le déconseille, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un bon début sans prétention.

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Nous voulions voir le toit du monde - Entre Herat et Kandahar

18 Juin 2018, 19:23pm

Publié par Cire Cassiar

Enfin l’Afghanistan, l’accueil de ses habitants faisait l’unanimité chez les routiers internationaux et tous les "globe-trotters". Le premier camping fut une halte reposante, j’ai le souvenir d’un terrain avec de l’herbe rase, un bâtiment rustique, à l’intérieur duquel il y avait un vieux poêle à bois, flanqué d’un long tuyau horizontal à hauteur d’homme qui servait à chauffer la pièce principale. Au dessus, une corde permettait aux occupants d’y accrocher du linge à sécher.

L’ambiance y était calme, le monde était souriant, détendu, c’était un havre de paix.

Le lendemain matin, le temps était gris et frais, un aiguiseur de couteaux s’était installé au milieu du camping et proposait ses services avec de grands sourires, nous ne comprenions rien à ce qu’il disait mais qu’importe.

J’ai voulu faire quelques photos pour immortaliser un petit métier disparu, depuis fort longtemps, de nos campagnes ; Il ne s’y est pas opposé mais je voyais bien à son attitude et ses gestes que cela le dérangeait, après une ou deux photos je remballais mon appareil et le sourire est réapparu sur son visage. Plus tard dans la soirée, je compris, en discutant avec les autres voyageurs, que cela pouvait être interprété comme si nous leur volions une partie de leur âme, à partir de ce jour-là, je me promis de demander la permission à chaque fois.

Herat, Afghanistan, aiguiseur de couteaux.
Aiguiseur de couteaux - Herat

Nous profitâmes de cette halte pour réorganiser notre coquille d’escargot et faire un brin de mécanique préventive, une longue traversée de désert nous attendait.

Au matin du troisième jour après avoir salué nos hôtes nous reprenions la route, direction Kandahar.

Nous roulions, depuis plusieurs heures, sur une route droite, interminable, dans un paysage désertique, figé, pétrifié ou sans les bas-côtés qui défilaient de part et d’autre des fenêtres de notre véhicule, nous aurions pu penser que le temps s’était arrêté.

Il y a longtemps de cela, cette route, qui permet encore à ce jour de traverser l’Afghanistan, avait été construite pour moitié par les Américains et l’autre par les Russes. Quand je dis « qui traverse » ce n’est pas tout à fait exact, en réalité elle fait le tour, par le sud, d’un désert aride qui occupe la plus grande partie de ce pays.

Un ciel bleu azur, veiné de cirrus filamenteux, ajoutait au paysage, cette sérénité que l’on ressent parfois lorsque nous sommes loin de toute civilisation.

Pas une voiture à l’horizon, nous étions seuls dans ce décor martien ; Adepte de promenades en montagnes, il arrive que l’on se retrouve sur un sommet avec une vue superbe, sans autre compagnon que le bruissement du vent. Lors de ces moments de grâce, il est naturel de se taire, de se recueillir, de profiter de cette plénitude pour respirer à plein poumons, de s’imaginer seul au monde, dans une nature totalement vierge, il m’arrive même d’être un tantinet frustré par l’arrivée impromptue d’un autre marcheur ou marcheuse, simplement à cause du bruit de leur pas, comme si leur présence dans notre bulle venait briser ce moment de grâce.

La journée étant bien avancée, nous décidions de faire halte, le lieu étant en tout point égal, nous pouvions stopper n’importe où et n’importe quand, cela ne risquait pas de déranger qui que ce soit ou quoi que ce soit.

Désert Afghan en 2CV
M.A dans le désert Afghan

Afin d’apprécier pleinement de ce moment de calme, nous nous écartions de la route d’une centaine de mètres, préférant la vue du sable et des cailloux à celle de l’asphalte ; C’est bien naturel quand cela fait plusieurs heures que le ruban gris pale défile devant vos yeux.

Le désert ne laisse personne indifférent, j’ai toujours été attiré par ces paysages insolites, ils me fascinent et me font réaliser à quel point nous sommes insignifiants, vulnérables et bien vaniteux de nous considérer comme les maîtres du monde.

Peu de temps après avoir préparé le thé et sorti quelques biscuits pour une petite collation, à notre grand étonnement, nous vîmes arriver un nomade… à pieds…

Pouvez-vous vous imaginer un instant, à mille lieues de toute habitation, dans un secteur désertique, sans source d’eau potable, sans arbre pour s’abriter du soleil, un marcheur, qui vient vers vous, vous salue dans une langue que vous ne comprenez pas puis qui s’assoie naturellement en tailleur en face de vous, comme s’il était attendu ?

Vêtu du costume traditionnel, composé d’une chemise très ample, appelée Qmis, qui arrive jusqu’aux genoux par-dessus un pantalon tout aussi ample, le Shalwar, il portait aussi le Pakol, ce chapeau en laine de chameau en forme de galette, devenu tristement célèbre depuis ce conflit qui perdure et nous fait oublier qu’auparavant la paix régnait en ces lieux.

Passé les premiers instants de stupeur, nous lui avons offert une tasse de thé et quelques biscuits, puis nous nous sommes observés mutuellement, nous, pour cette apparition impromptue et lui pour notre présence inaccoutumée dans son élément naturel. Il faut reconnaître que deux Occidentaux en voiture, dont une jeune femme blonde, ne passent pas inaperçu dans un endroit où l’horizon est à la même hauteur et la même distance quelle que soit la direction ou vous regardez.

Quelques minutes plus tard, en portant la main droite à son front et en baissant la tête les yeux mi-clos, il nous fit comprendre qu’il avait la migraine.

Ma compagne s’empressa de lui donner un comprimé de Paracétamol, c’est alors que nous avons vu son visage s’illuminer en nous gratifiant d’un sourire radieux, il nous remercia chaleureusement dans sa langue avec moult courbettes, avala le comprimé avec une gorgée de thé puis termina ses biscuits.

J’aurais aimé lui demandé d’où il venait et où il allait, mais la barrière de la langue nous limitait aux choses essentielles, nous nous exprimions par gestes et c’était suffisant ; C’est alors qu’il nous montra ses pieds, nous fûmes ébahis de voir qu’il portait des chaussures en pneu. Oui ! Vous avez bien lu, des chaussures en pneu de voiture…

Nous apprendrons plus tard que dans cette contrée lointaine, c’était une industrie artisanale que d’utiliser les vieux pneus pour en faire des chaussures et bien d’autres choses, voilà bien une façon économique et écologique de les recycler alors que nous, nous les entassons dans d’immenses dépotoirs en pleine campagne et nous ne savons plus quoi en faire.

Mais je m’égare… donc ce personnage marchait avec ces chaussures, pour le moins inconfortables, et pour cause il nous montra du bout du doigt, les blessures qu’elles lui avaient infligé au talon.

Je fouillais, à mon tour, dans notre trousse de premiers soins en quête d’un produit quelconque qui pourrait le soulager et ne trouvant rien d’autre que de la crème hydratante pour la peau, je lui tendis le tube en lui montrant comment s’en servir. Radieux et reconnaissant, il s’empressa de badigeonner le produit sur la zone meurtrie et se massa le talon. Quelques minutes plus tard, il se leva, nous salua, puis il repartit, comme il était venu.

Nous sommes restés silencieux et ému, les paroles nous manquaient, cela nous paraissait tellement irréel et stupéfiant, lui à pieds, en plein désert, dans des chaussures en pneu et nous, voyageant confortablement assis dans notre véhicule.

Cette rencontre fut pour moi un moment saillant, je le revois encore, arrivant de nulle part, assis en tailleur, buvant le thé, souriant, la peau de son visage brûlée par les feux du désert ;

Je ne me rappelle pas avoir pris de photo, j’ai voulu respecter son intégrité, est-il toujours nécessaire de prendre une photo ? L’œil et le cerveau ne sont-ils pas le meilleur appareil photo qui puisse exister, je peux me repasser le film autant de fois que je le désire, le seul petit défaut c’est qu’avec le temps les détails s’estompent, mais par contre le sentiment reste toujours présent.

Qui était-il ? D’où venait-il ? Où allait-il ? Qu’est-il devenu ? Autant de questions dont je n’aurais jamais les réponses… son image et sa chaleur humaine resteront pour toujours gravées dans mon cœur.

Ces types de rencontres sont des moments de purs bonheurs, des moments hors du temps, ou les humains sont humains, en dehors de toutes considérations ou barrières et c’est ce qui fait la richesse et la beauté des voyages.

Entre Herat et Kandahar – hiver 1976-1977

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Le paradoxe de théophraste

22 Avril 2018, 16:01pm

Publié par Cire Cassiar

Ceci est un nouvelle, dont vous pouvez en lire un extrait en cliquant sur le lien, tous les commentaires sont les bienvenus.

https://www.edilivre.com/le-paradoxe-de-theophraste-eric-raissac.html

 

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Nous voulions voir le toit du monde de Sabzevar à Hérat

16 Avril 2018, 17:17pm

Publié par Cire Cassiar

Sabzevar (Iran) – Herat (Afghanistan)

désert iran
désert iranien

Si la traversée de l’Iran nous a paru désertique ce n’était rien à comparer avec ce que nous allions traverser en Afghanistan, mais pour le moment nous profitions d’une de ces dernières petites oasis de verdure qu’est Sabzevar, au milieu de ce paysage martien ;

On pourrait aisément tourner des scènes de films sur Mars dans ce type de paysage sans que cela ne paraisse à l’écran, tout en ayant à proximité tout le confort terrien.

Sabzevar est situé dans la province de Khorasan-e-razavi au nord-est du pays, c’est une très vieille ville agricole, ou l’on y produit des fruits séchés et notamment des raisins secs, on y voit aussi les vestiges de l’ancienne ville sous la forme d’une tour de brique « Mil-e Khosrow Gerd » qui veut dire « La tour de briques du roi Khosrau ».

Comme c’est la plus haute tour de briques de la ville, elle servait de repère aux caravanes voyageant de Nishapur à Rey.

On dit que les nuits sont fraîches dans le désert, je confirme, surtout quand on est à près de mille mètres d’altitude.

Nous avions quatre cents cinquante kilomètres à parcourir avant la frontière Irano-Afghane et un passage douanier dont je me souviendrais longtemps.

Notre trajet nous amenait à passer, mais sans la voir, près de Mechhed (Mashhad), la plus grande ville de la région pour ensuite aller vers Torbat-e-jam puis Taybad, dernière cité avant ladite frontière dont le paysage environnant est de plus en plus sec avec une végétation quasi inexistante.

L’approche de la frontière se fait par une grande ligne droite, ou les camions sont sur une ligne séparée des voitures, nous nous sommes retrouvés arrêtés à une bonne centaine de mètres avec à notre droite une file de camions et devant nous une file de voitures.

camions afghans
Camions Afghans

Comme plus rien ne bougeait, nous avons arrêté le moteur de la voiture mais à quelques mètres de nous se trouvait un camion Afghan dont le chauffeur, qui était descendu bavarder avec ses collègues, avait mis la musique à fond avant de quitter sa cabine.

Si vous n’avez jamais entendu de musique traditionnelle afghane en boucle pendant une heure, je peux vous dire que pour des Occidentaux plutôt habitués à écouter de la musique rock, même si au début cela à un petit côté exotique, au bout de trente minutes vous trouverez cela un peu lourd. Nous avons eu beau fermer portes et fenêtres de la 2 CV, la bâche du toit ne filtrait pas grand-chose et nous avons dû l’endurer jusqu’à ce que la file de voitures qui, fort heureusement pour nos tympans, avançait plus vite, nous éloigne suffisamment pour échapper aux rythmes lancinants de cette musique dont les sonorités et les mélodies qui nous étaient totalement étrangères.

Mais nous n’étions au bout de nos peines, sortir d’un pays est toujours plus facile que d’y rentrer.

Quitter l’Iran fut relativement facile, par contre l’arrivée en Afghanistan en fut tout autre.

Entre le poste frontière de l’Iran et celui de l’Afghanistan il y avait un couloir, d’une cinquantaine de mètres, entre deux clôtures métalliques.

Côté Afghan on nous dirigea vers une sorte de grand terrain vague entouré de clôture avec plusieurs tables en bois, recouvertes de feuilles de métal, de quatre ou cinq mètres de long.

À chaque table, il y avait une voiture et deux douaniers, l’un d’eux demandait aux occupants de la voiture d’étaler tout sur la table afin de procéder à une fouille en règle.

Pendant que l’autre proposait discrètement, à ma compagne, du Hasch sous forme de tablette, l’autre fouillait et répétait régulièrement « Bakchich ? » en montrant un jean, une paire de chaussures ou une chemise, comme je disais « non » à chaque fois, il continuait en prenant son temps.

Il s’absentait vers sa guérite pendant de longues minutes et revenait à la charge, le manège dura environ trois bonnes heures.

J’ai résisté à la tentation de lui en donner un pour qu’il nous laisse passer, mais ce ne fut pas chose facile, pris entre les scrupules, les doutes sur la fiabilité du personnage et l’envie de quitter au plus vite cet endroit, ce qui me rassurait, c’était de voir que nous n’étions pas les seuls et qu’à certaines tables cela parlait haut et fort.

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Visas a Islam-Kala

Nous finirons par avoir notre tampon d’entrée et le passage aura duré au total près de cinq heures, ce que nous ne savions pas, c’est que le retour serait pire.

Ce soir-là nous dormirons tranquille, à Hérat, dans un camping ou se regroupaient tous les voyageurs comme nous…

 

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